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  • : La Taverne des Trois Petits Trolls
  • : Ressources documentaires pour amateurs de littérature Fantasy et écrivains en devenir...
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Bien le bonjour !

Pourquoi ce blog me direz-vous ? Et bien il fait suite à toute une série de recherches que j'ai entreprise dans le cadre de la rédaction d'un manuscrit. Oui oui un manuscrit que je suis en train d'écrire... manuscrit ayant pour objet la littérature Fantasy (comme vous devez vous en douter)... J'ai commencé à l'écrire il y a bien longtemps déjà... et je ne doute pas que j'achèverai ce travail dans bien longtemps également... caressant secrétement le doux rêve de me faire, un jour, publier.

Vous trouverez ici des documents et des informations glânés ça et là au gré de mes errances sur le net. En espérant que vous puissiez y apprendre des choses intéressantes...

N'hésitez pas à signaler votre passage par un petit commentaire, et si vous êtes vous aussi des auteurs en devenir alors je serai enchanté d'échanger avec vous !

Je vous souhaite à présent une agréable visite... !

Eussé

25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 09:30

Voici un livre dont on m'avait dit qu'il n'était pas terrible... aussi ai-je voulu me faire une idée par moi même. Certes nous sommes assez loin du Seigneur des Anneaux, et plus encore de Bilbo le Hobbit... on aurait même plutôt tendance à se rapprocher du Silmarillion qui en a rebuté plus d'un de part sa facilité de lecture des plus repoussantes. Cependant, au delà du style littéraire propre à Tolkien (qui peut ne pas plaire à tout le monde), j'ai trouvé l'histoire toute à fait prenante. Le fils de Tolkien a fait un remarquable travail depuis les notes laissées par son père. Ainsi nous sommes transportés au Premier Age de la Terre du Milieu, bien avant que n'arriva les évènements liés à l'Anneau, au temps ou vécu Hurin. Et l'histoire raconte la destinée tragique de ses enfants tandis qu'il demeura emprisonné et tourmenté par Morgoth. Une lecture que je ne peux que vous conseiller. 



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5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 01:27

Voilà un mot bien compliqué pour désigner quelque chose de particulièrement présent dans la littérature Fantasy. Du grec anthropos : homme, et morphê : forme, l’anthropomorphisme est la tendance à attribuer aux animaux des caractéristiques propres à l’homme (sentiments, passions, actes, traits, paroles).

 Jean de la Fontaine a particulièrement bien exploité ce procédé, en faisant dire aux animaux ce qu’un homme n’aurait pu dire durant la période de censure instaurée par le Cardinal de Richelieu. Les animaux de ses fables étaient avant tout le produit d'un anthropomorphisme traditionnel qui participait d'une visée morale où l'homme était le premier concerné. Mais la Fontaine n’a rien inventé. Déjà au VIème siècle avant JC, Esope, un écrivain grecque, avait écrit les premières fables mettant en scène des animaux anthropomorphe.

 La littérature Fantasy a naturellement repris le concept d’anthropomorphisme. On peut notamment citer Aslan, le lion humanisé présent dans le Monde de Narnia de Clive Staples Lewis ou encore Iorek, l’ours blanc imaginé par Philipp Pulman dans la Croisée des Mondes.

 Mais les auteurs de Fantasy ont également fait évoluer l’anthropomorphisme. Ainsi aux animaux réels, sont venues rapidement se greffer de nouvelles races imaginaires. Tolkien, pour n’en citer qu’un, a ainsi immortalisé les Orques, Gobelins et autres Trolls.

 Si j’ai rédigé ce petit article c’est parce que l’anthropomorphisme est particulièrement présent dans mon manuscrit. Je n’y avais jamais réellement réfléchi jusqu’à présent, c’était quelque de parfaitement naturel dans mon esprit. Cependant, en prenant un peu de recul, je pense qu’il y a là une volonté inconsciente de mettre l’homme et l’animal à égalité. L’animalité n’est certainement pas le pendant de l’humanité, elle en serait même plutôt la substantifique moelle.





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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 17:57

J’ai lu récemment un article que j’ai trouvé particulièrement intéressant. Il traitait de la sexualité dans la littérature ou, pour être plus précis, de l’absence de lesbiennes, homosexuels et transsexuels dans les récits de Fantasy. Son auteur, transsexuelle, soulignait, je cite, « que dans la plupart des romans, le héro est un homme hétérosexuel, en général aux qualités plutôt associées à la virilité (force, autorité) et blanc, accessoirement. Sous prétexte qu'il s'agit d'univers moyenâgeux les femmes sont très souvent invisibles, même s'il y a parfois tout de même des femmes combattantes histoire de pouvoir glisser, à l'intérieur de la bande de guerriers, une histoire d'amour qui soit hétérosexuelle ». Il ajoutait également que « le vide est encore plus important pour les transsexuels puisqu'en général leur seule fonction est d'être des monstres psychopathes ».

Je reconnais que, dans mon manuscrit, et dans mes écrits en général, la sexualité, quand elle existe (quelques baisers très gentillets), est uniquement hétérosexuelle. Je ne m’étais même jamais posé la question quant à une autre éventualité. D’ailleurs je n’ai jamais lu de livres de Fantasy dont les personnages seraient autres choses que des hétérosexuels (si quelqu’un en connaît ?). Cependant je peux comprendre la difficulté (la frustration ?) des non hétérosexuels à se reconnaître dans des personnages qui ne leur ressemblent pas. Je n’ai lu qu’une seule fois une histoire dont le héro n’était pas hétérosexuel. Il s’agissait en fait d’un manga, No Bra, en 5 volumes de Kenjiro Kawatsu. Le personnage principal était un garçon qui, pour dire la vérité, ne ressemblait pas du tout (mais alors pas du tout) à un garçon... non, il ressemblait à une fille (et vraiment très jolie en plus), et cette dernière tombait follement amoureux d’un autre garçon. Bref... autant vous dire que j’étais assez réservé sur l’intérêt de l’histoire et sur sa capacité à me captiver. Et bien je me suis finalement surpris à l’adorer et j’ai dévoré les 5 volumes en quelques jours (je vous recommande d’ailleurs vivement la lecture de ce manga).

Si ce manga m’a enchanté, je concède que je ne me vois que timidement m’aventurer à parler de relations homosexuelles dans mes écrits. J’avoue que ce n’est pas mon cadre de référence naturel, mais bon... pourquoi pas après tout. C’est une idée qui peut-être intéressante à creuser, encore faut-il qu’il y ait un intérêt à en parler. En effet, je pense qu’il faut avant tout se garder de réduire un personnage à sa sexualité. Et je terminerai en posant cette question : Frodon était-il homosexuel ? Bisexuel ? Hétérosexuel ? ou Transsexuel ? Je vous avoue que, pour ma part, je me fiche royalement de le savoir...

 

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3 août 2007 5 03 /08 /août /2007 15:53
Un article très intéressant intitulé « Heroic fantasy et modernité » écrit par Michel DELVILLE, chargé de cours en littérature anglaise moderne et littérature américaine (faculté de Philosophie et Lettres de Liège). Il a été publié dans la revue d’études anglophones « Sources », quatrième trimestre 2001
 
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26 avril 2007 4 26 /04 /avril /2007 15:23

 

 

 Elbakin or not
 
J’ai découvert à ma grande surprise que l’on ne pouvait critiquer impunément la littérature Fantasy. Tout à commencé par un message laissé sur le forum du site Elbakin (bon j’avoue que le message était un tantinet virulent... mais il n’y avait quand même pas de quoi fouetter un Troll). J’expliquais en quelques mots que, pour moi, le Seigneur des Anneaux de Tolkien était de loin l’un des meilleurs livres de Fantasy que j’avais lu et que la plupart des auteurs après lui ne lui arrivaient pas à la cheville et que beaucoup se contentaient se surfer sur le succès de la Fantasy pour faire grossir leur compte en banque en écrivant des bouquins de qualité moyenne à la chaîne... bref, tout ça pour dire que parmi le flot de livres sur la Fantasy très peu sont littérairement de qualité.
 
Je partais du postulat qu’étant un fan de ce que j’appelle la Fantasy (je vous passe la multitude de sous-genres) je pouvais me permettre d’exprimer une opinion qui est la suivante : il n’y a que très peu de bouquins de Fantasy qui méritent le titre de « livre ». Maintenant je pose la question suivante : est-ce grave de dire cela ?? Est-ce que je suis anormal en pensant que le Seigneur des Anneaux est mieux écrit qu’Eragon (pour n’en citer qu’un) ? Et bien oui... je dois certainement être anormal car je me suis rendu compte qu’en exprimant cette opinion j’ai été aussitôt jugé comme un révolutionnaire bolchevique qu’il faudrait immédiatement euthanasier.
 
Prétention et vanité
 
Quels sont en fait les livres de Fantasy que j’ai adoré (et que j’adore)... c’est simple, il s’agit de livres où il n’y a pas d’anachronismes, où il n’y est pas pratiqué un français familier (ou pire approximatif) et où les phrases glissent agréablement dans l’oreille : Le Seigneur des Anneaux, Bilbo le Hobbit, Le Dernier Elfe, Narnia. Je ne prétend pas avoir tout lu, mais jusqu’à présent force est de constater que ces quatre ci se détachent nettement du lot. Entendons nous bien, je ne parle pas ici de l'histoire, de l'intrigue, mais bel et bien de la manière d'écrire. 
 
Pour ce qui est des autres livres, de Gemmell à Paolini en passant par Hobbes ou Brooks... je suis désolé mais faut arrêter de dire que ce sont des chefs d’œuvre ! Ok ils sont sympas à lire, soit, mais qu’on ne vienne pas me dire qu’ils peuvent être rangés dans le même tiroir que les quatre que j’ai cité plus haut. Ce sont des livres faciles à lire (et je peux comprendre que certains préfèrent des livres faciles à lire), mais faut arrêter de nous présenter leurs auteurs comme les « nouveaux Tolkiens » de la Fantasy. Et c’est pas parce qu’ils se vendent bien que c’est un gage de qualité non plus, auquel cas on va vite se retrouver à hisser Paul Loup Sulitzer au même rang que Victor Hugo ! Si l’objectif c’est de « manger » de la Fantasy alors oui ok on achète tout ce qu’on trouve et on dit que c’est génial. Si par contre l’objectif c’est de lire des livres de qualité, de la véritable littérature, et bien je dis qu’il n’y en a pas tant que ça.
 
Cependant, m’appuyant sur la réponse qui m’a été faite sur le forum d’Elbakin (à savoir que c’était même pas la peine d’entamer une discussion avec un individu tenant des propos pareils), je me suis naturellement fortement remis en question (soupir...). Après tout qui suis-je pour me permettre de dire qu’une bonne part de la littérature Fantasy est de médiocre qualité... einh ? Non mais c’est vrai de quel droit je me permettrais d’avoir une opinion pareille ? Il faudrait non seulement être sacrément prétentieux mais également avoir de la bouse d’oliphants sur les yeux, sans parler de tous les livres que je n’ai pas lu et que je range par la force des choses dans le même panier. Aussi ai-je décidé d’aller voir un peu plus loin que le bout de mon nez pour savoir comment était perçue la Fantasy au-delà du seul cercle des initiés fanatiques.
 
Quid des critiques littéraires ?
 
Selon les dires de certains grands anciens, il y aurait eu une époque (pas si lointaine) durant laquelle les critiques littéraires qualifiaient les auteurs de Fantasy d’auteurs « de seconde zone ». Diantre ?! Même Tolkien fut épinglé comme ayant peu de talent narratif et aucun instinct de la forme littéraire.
 
Fort heureusement cette vision sectaire de la Fantasy a évolué depuis ces temps obscurs... on commence même à la voir comme une littérature à part entière. Or dans cette littérature acceptée de tous, il apparaît qu’il y aurait de bons... mais aussi de mauvais auteurs ! A croire certains critiques littéraires il existerait même des livres dont le style est pauvre et agrémenté de verbiages et autres anachronismes. M’aurait-on donc menti à l’insu de mon plein gré ?! Les mauvais auteurs existeraient-ils réellement ou bien ne serait-ce qu’une légende infondée ?!
 
En fait, je pense qu’il existe beaucoup de livres que l’on pourrait qualifier de « good bad books » (pour citer Orwell). Ce sont en fait des livres, qui sans être des œuvres littéraires extraordinaires (sans être de la véritable littérature), se laissent lire. C’est par exemple le cas du cycle des Pierres Elfiques de Shanara... des livres qu’on lit avec plaisir mais sans être non plus merveilleusement transporté (comme on peut l’être de « l’ile au trésor » de RL Stevenson,  de « Ravage » de Barjavel, de la « Tour Sombre » de Stephen King... ou, dans le domaine de la Fantasy, du « Dernier Elfe » de Silvana de Mari (pour ne citer que ceux là)).
 
Quoiqu’il en soit c’est une vision personnelle de la Fantasy... et j’accepte toute critique et point de vu différent.
 
Repentance
 
Pour terminer je dirai que, pour ma part, en Fantasy, il n’y a pas d’écrivains, il n’y a que des conteurs d’histoires. Cette façon d’appréhender la Fantasy guide bien sûr ma façon d’écrire qui a tendance à transformer une histoire en un conte. Or dans un conte je considère qu'on ne peut se permettre d’écrire familièrement, d’avoir un style à la Stephen King... c’est peut-être finalement ce qui me gène le plus dans beaucoup de livres de Fantasy, et aussi peut-être ce qui plait à tant d'autres.
 
Sources :
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13 avril 2007 5 13 /04 /avril /2007 08:16
 
Ha Québec…. Je n’y ai habité que peu de temps mais cela a suffit pour que j’y laisse une partie de mon esprit. Suffisamment longtemps cependant pour m’y faire des amis, et également pour connaître les amis de mes amis. C’est ainsi qu’un beau jour, ou bien était-ce un jour tout à fait moche (j’avoue que je ne m’en souviens plus), l’ami d’un ami justement, qui est devenu depuis une connaissance appréciée, et avec qui j’aime beaucoup échanger par internet (ça coûte toujours moins cher que l’avion), m’envoie un mail de Montréal pour me féliciter de mon blog et de la rédaction de mon manuscrit, et de me citer pour exemple Anne Robillard. « Anne Robillard ? Crisse de caribou ! » me suis-je alors exclamé. Mais qui était donc cette Anne Robillard ?! Et c’est là qu’il m’explique que Mlle (Madame ?) Robillard était secrétaire dans une société dans laquelle travaillaient des collègues à lui, et qu'elle a plaqué son job du jour au lendemain avec pour dessein de faire publier un petit manuscrit qu’elle avait écrit. Résultat : un million d’exemplaires vendus au Québec de son roman « Les Chevaliers d’Emeraudes ». Sympa le pti manuscrit ! Je vous conseille d'y jeter un petit coup d'oeil... le premier tome vient de sortir en France chez Michel Lafon.
Synopsis : L'Empereur Noir, Amecareth, a levé ses armées monstrueuses pour envahir les royaumes du continent d'Enkidiev. Bientôt, la terre de Shola subit les attaques féroces des sinistres dragons et des impitoyables hommes-insectes. Pourquoi les troupes d'Amecareth reviennent-elles sur le continent après des siècles de paix, mettant à feu et à sang le royaume glacé de Shola ? Les sept Chevaliers d'Émeraude - six hommes et une femme - sont les seuls à pouvoir percer ce mystère, inverser le destin et repousser les forces du Mal. Ils devront pour cela accomplir l'étrange prophétie qui lie Kira, une petite fille de deux ans, au sort du monde.
 
Une foule de renseignements super intéressants sur le site de l'auteur !
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7 février 2007 3 07 /02 /février /2007 12:04

LES ORIGINES D’UN GENRE

 

  Le mot fantasy et ce qu’il recouvre

 

            Le mot fantasy... désigne à l’origine l’imagination créatrice - la faculté de rêver - ou l’imagination libre de toutes contraintes. (...) Plus récemment le mot fantasy en est venu à désigner un genre littéraire” (J. Goimard). Sa première apparition avec ce sens date de 1949 avec le n°1 de la revue The magazine of Fantasy devenu The magazine of Fantasy and Science-Fiction dès le n°2. En français on le traduit parfois par « épopée fantastique » mais cela restreint la définition du genre, c’est pourquoi on garde généralement le mot anglais.

 

              Longtemps considérée comme un courant de la science-fiction, dénigré par les puristes, la fantasy prend progressivement son autonomie au point d’éclipser maintenant la science-fiction proprement dite. Dans son article Les univers de la fantasy (Lecture Jeune, juillet 1998, n°87), J. Goimard dénombre les différentes tendances regroupées sous ce terme à l’heure actuelle :

 

   - l’heroic fantasy qui prend deux orientations selon les auteurs :

 

 • La première issue de Conan le Barbare de Howard “campe des figures de jeunes barbares pour les opposer à des civilisés culturellement et somatiquement décadents”, “dérive “hitlérienne” surtout sensible dans des oeuvres de second choix”.

 

 • La seconde issue du Seigneur des anneaux de Tolkien. “Pour l’écologisme naissant ce livre fut l’emblème de l’idéal nouveau : des petits peuples variés - humains ou non humains, jamais surhumains - coexistent dans une nature accueillante, utilisant parcimonieusement les énergies douces et leur magie blanche”

 

  - le courant féministe et la science-fantasy. “Tout part d’Ursula Le Guin qui, dans Terremer donne un modèle de fantasy ethnologique, cependant que sa Main gauche de la nuit inspire un courant qui, chez Anne Mc Caffrey (Pern) et Marion Zimmer Bradley (Ténébreuse), aboutit à la science-Fantasy”. Carolyn Janice Cherryh s'inscrit aussi dans ce courant (Les portes d’Ivrel, Le puits de Shiuan, Les feux d’Azeroth et la trilogie de Soleil mort).

 

 - la romantic fantasy, “où l’héroïne est partagée entre les valeurs épiques du combat et les valeurs sentimentales de l’amour” : Katherine Kurtz, Mercedes Lackey, Jennifer Robertson, M.Z. Bradley.

 

 - Une light fantasy ou humorous fantasy. “qui se caractérise par l’usage élargi du non-sense et la référence - à l’arrière plan à Lewis Carroll.” Les contes de l'Oriel participent à cette tendance. Terry Pratchett (Mécomptes de fées et autres Annales du disque-monde), Piers Anthony, C. Cushman (La sorcière et le wombat) écrivent des œuvres drôles et parodiques.

 

 A cette liste il faut rajouter un courant un peu marginal mais de grande qualité littéraire que l'on pourrait nommer :

 

 - l'histoire revisitée. John Crowley avec Aegypt ou Evangelisti dans la série dont le héros est le Grand Inquisiteur Eymerich font partie des maîtres de ce genre. Beaucoup d'autres récits de fantasy jouent avec l'histoire, inventant des mondes parallèles dans lesquels vivent des doublets de personnages historiques connus. Fabrice Colin (Vestiges d'Arcadia), David Calvo (Délius, une chanson d'été), pubiés l'un et l'autre aux éditions Mnémos font référence aux années 1850-1900 et aux grands écrivains des littératures de l'imaginaire de l'époque victorienne (Lewis Carroll, Conan Doyle).

 

    La fantasy ou le mélange des genres

 

            Genre hybride, plein de surprises, il est issu en partie des anciennes traditions orales et littéraires. Contes, folklores et nombre de mythologies y sont recyclées dans des œuvres totalement originales (...). Pourtant, malgré ces influences, la tonalité des romans de fantasy est bien différente de celle du merveilleux, comme le prouvent les écrivains du XXème siècle qui, non contents de réinventer cette matière en profondeur l'amalgament avec les codes culturels les plus récents” (S Manfredo, les multiples voix de la fantasy, Lecture jeune, juillet 1998, n°87).

 

             La fantasy est née de l’aspiration de certains auteurs de science-fiction, en particulier des auteurs féminins à introduire la poésie, le fantastique et une dimension humaine qui priment sur la technologie, la philosophie ou la guerre des étoiles, habituelles caractéristiques de la science-fiction. Certaines oeuvres sont à la charnière de la science-fiction et de la fantasy : la série de Dune par exemple, ou celle de Majipoor. C.J. Cherryh, Tanith Lee, A. Dibell, publiés au Club du livre d’anticipation des éditions Opta à la fin des années 70 appartiennent à cette époque ou la fantasy - l’heroic fantasy - se distinguait mal de la science-fiction. Ensuite, le genre a pris ses marques.

 

  Les précurseurs

 

            Merveilleux et féerique tiennent la première place dans les oeuvres les plus récentes, souvent inspirées par les contes, qui subissent l'influence d'un certain nombre d'auteurs anglo-saxons que l'on peut considérer comme des précurseurs. Lewis Carroll, surtout dans Sylvie et Bruno, Mervyn Peake dans la série Titus d'Enfer, imaginent des châteaux fantastiques où vivent des personnages pittoresques autour d'un ou deux enfants qui grandissent et explorent les salles abandonnées, les donjons menaçant ruine de ce château-univers.

 

             Lord Dunsany (La fille du roi des elfes) est de ceux qui ont les premiers réintroduits les elfes dans la littérature moderne, avant Tolkien. J.R.R. Tolkien commence son oeuvre avant la guerre de 1914. C'est une réinvention puissante d'une terre, de ses peuples, de son histoire et de ses mythes. Tolkien était passionné de langues anciennes et particulièrement de vieil anglais et de saxon. Il a créé une langue cohérente avec ses variantes. Il est le grand initiateur des mondes de la féerie. Il n'est plus possible de parler d'elfes sans faire référence au Seigneur des anneaux et les noms des elfes dans les oeuvres de fantasy ont une parenté nécessaire avec la langue des Terres du Milieu.

 

             Les univers horrifiants de Lovecraft ont également influencé les auteurs de fantasy. Squelettes et morts-vivants tiennent une grande place dans les jeux de rôle Donjons et dragons. Le maître occulte des hordes du mal se rencontre dans beaucoup d'univers de fantasy.

 

             Au-delà, les auteurs de fantasy se réclament eux-même de grands ancêtres tel Rabelais et ses géants sortis tout droit de la tradition populaire française pour entrer en littérature.

 

             Tous les éléments de la Fantasy telle qu'on la (re)connaît aujourd'hui sont réunis chez cet auteur. La Fantasy francophone peut être fière de ses bagages...”, disent Henri Loevenbruck et Alain Névant dans la postface de leur anthologie. et de conclure que s'il avait écrit dans la deuxième moitié du XXe siècle, Rabelais aurait été publié dans une collection de fantasy et méprisé par la critique non spécialisée (Les enfants de Rabelais, postface de l'anthologie Fantasy : dix-huit grands récits de merveilleux, Fleuve Noir, 1998). Pierre Bordage, auteur de science-fantasy, prend “l'exemple du Graal, à [son] sens un modèle de fantasy” pour définir la dimension sociale et politique comme critère romanesque d'une littérature intéressante car “la quête de Perceval servira à ramener la paix et la prospérité dans le royaume. Sa propre initiation, son parcours n'auront de valeur que s'ils servent l'intérêt commun” (Entretien, Lecture jeune, juillet 1998, n/87).

 

             Il y a en effet beaucoup de rencontres entre la fantasy du XXe siècle et les romans de chevalerie des XIIe-XIVe siècles. Un chevalier errant cherche l'aventure ou doit poursuivre une quête qui l'amènera à combattre dragons et géants, à se rechercher lui-même dans une quête morale et mystique. La littérature romanesque médiévale a servi à définir l'idéal chevaleresque de courtoisie, de droiture et de générosité. On peut sans risque de se tromper penser que la réalité était moins belle.

 

 

  DES INVENTEURS DE MONDES

 

             Un des grands attraits de la fantasy réside dans la puissance d’imagination de ses auteurs. Chaque oeuvre emmène son lecteur dans un “monde imaginaire si cohérent qu’il concurrence le monde réel” (J. Goimard, postface à Faërie : la colline magique de R Feist, 1989).

 

             La science-fiction est une grande productrice de planètes étranges sur lesquelles la vie s’est développée suivant une toute autre histoire que sur la terre. Qu’il s’agisse de La Guerre des étoiles, de Dune, de Odyssée 2001, pour ne citer que quelques titres parmi les plus connus, le thème est la rencontre par les hommes d’une autre forme de vie intelligente et peut-être plus avancée technologiquement (ou philosophiquement), parfois dans le cadre d’un Empire Intergalactique qui mêle les races et lance des voyages de découverte. Dans la fantasy, le dépaysement est moins radical : nous sommes sur terre (une autre terre, une terre “parallèle”). Les personnages, humains ou non appartiennent à ce monde et ne connaissent que celui-ci (avec quelques exceptions comme Les chroniques d’Arcturus de Gilles Servat ou La tapisserie de Fionavar de G Gavriel Kay où les héros viennent d'ailleurs). Mais l’invention est précise, complète. La fantasy “se nourrit de détails concrets, le plus souvent étranges et poétiques. Elle ne se lasse pas de décrire les langues, les mythes, les institutions des peuples qu’elle explore ; elle s’accompagne volontiers de cartes, de chronologies, de généalogies, de dictionnaires. (...) Elle édifie des cosmos de rêve où il faut le temps d’entrer et de s’installer ; quand le lecteur s’en est imprégné au point d’y vivre, il arrive qu’il ne puisse plus s’en passer. C’est pourquoi la fantasy se prête non seulement au long roman mais aux cycles” (J. Goimard).

 

 Le décor

 

            La référence à l’oeuvre de Tolkien est omniprésente. Ces “Terres du Milieu” (le mot est de Tolkien mais la notion est devenue universelle) reprennent, de livre en livre, des éléments de décor, des caractéristiques communes :

 

 - c’est un monde sans technologie, proche du Moyen-Age (ou de l’image que s’en font les auteurs américains). “Les univers de la fantasy sont imprégnés d’archaïsme et de nostalgie (...) ils expriment le regret d’un temps où les hommes peuplaient le monde de forces surnaturelles qui exprimaient et résolvaient leurs conflits inconscients” (J. Goimard).

 

 - Il est gouverné par la magie ou la magie y joue un grand rôle (elle prend en partie la place de la technologie).

 

 - Les lieux habités sont presque toujours fortifiés. On y trouve villes, châteaux, maisons fortes, villages isolés, séparés par des contrées sauvages et dangereuses de forêts immenses, de montagnes, de déserts glacés. C’est la relation de l’homme à la nature du haut Moyen-Age et des romans de chevalerie des XIIe-XIVe siècles.

 

 

     Les êtres fantastiques

 

            Ces lieux sauvages sont peuplés d’êtres fantastiques. Ils sont de plusieurs natures. D’une part, les elfes et les fées de l’Autre Monde, les nains des contes sont des peuples organisés, neutres ou amicaux dans leurs relations aux humains ; d’autre part les monstres et les créatures du mal.

 

 1. Les elfes et les nains

 

             Ils sont issus du merveilleux traditionnel. Les elfes et les fées peuplent l’Autre Monde du Moyen-Age et la littérature française et européenne du XIIe au XIVe siècle. Lord Dunsany et Tolkien leur ont donné une nouvelle vie. Sauf exception (Le Parlement des fées de Crowley), les auteurs de fantasy privilégient leurs formes médiévales plutôt que celle du “Petit Peuple” anglo-saxon (un peu mièvre dans les contes du XIXe siècle comme Peter Pan). Les nains et les géants font partie des rencontres obligés du chevalier errant au Moyen-Age. Pourtant si le géant de nos romans est bien le même que celui des romans de chevalerie, les nains industrieux et miniers viennent de la tradition allemande.

 

  2. Les animaux fantastiques

 

             Les bestiaires du Moyen-Age connaissaient dragons, basilics, griffons, sirènes et centaures. On les retrouve dans certaines chansons de geste (cycle de Guillaume d’Orange) et dans les romans de chevalerie. La fantasy comme le conte traditionnel utilise beaucoup les dragons mais invente aussi de nouvelles versions d’animaux fantastiques, en particuliers d’oiseaux gigantesques qui peuvent être dressés, éventuellement servir de montures. Les animaux fantastiques traditionnels étaient, sauf le phénix, des animaux dangereux qu’il fallait combattre. La fantasy les range soit du côté du mal, soit du côté du bien et l’on connaît des exemples nombreux de dragons amicaux.

 

  3. Les créatures du mal

 

             Comme les hordes de Satan, elles sont légions. Ce sont des êtres issus du légendaire nordique : gobelins, trolls ; ce sont les orques de Tolkien ; ce sont enfin tous les monstres issus de l’imagination de nos auteurs. Mi-hommes, mi-bêtes, elles servent un pouvoir occulte terrifiant, incarné par un demi-dieu ou son serviteur (Sauron dans le Seigneur des Anneaux, le Chevalier, la Reine et le Roi des Epées dans la série Corum de Moorcock, Rakoth Maugrim dans La tapisserie de Fionavar, de Kay).

 

  La société

 

            Dans les récits de fantasy les plus récents, nous sommes plongés dans une société d’avant la technologie qui ressemble beaucoup au Moyen-Age des IXe-XIe siècles. Fortement rurale, enserrée dans une nature sauvage, elle favorise l’isolement de petits groupes humains. Les voyages sont dangereux, les marchands peu nombreux.

 

 

    1. Régimes politiques

 

             Ce sont presque partout des monarchies, le plus souvent clémentes qui s’opposent aux troupes du mal conduites par des tyrans. Dans beaucoup de récits, une monarchie paisible est menacée : crise politique due à une succession difficile ou invasion du royaume par un ennemi allié aux forces du mal. Des escarmouches, des sièges, la rencontre d’armées gigantesques alternent avec des chevauchées dans un pays dévasté.

 

             Selon les textes, l’esclavage fait ou non partie de cette société. Parfois, le héros sera capturé et réduit en esclavage (Par exemple dans Conan le Barbare, série de romans inspirés des mondes de l’Antiquité, et assez différents de la littérature de fantasy actuelle).

 

 2. Religions, prêtres, mages et sorciers

 

 La réinvention d’une mythologie est une des dimensions particulières de la fantasy. On ne s’étonnera donc pas de rencontrer divinités, démons, mages et sorciers au détour des pages.

 

 - les druides et les mages. Ils se partagent entre le bien et le mal. Leurs pouvoirs sont de caractère magique et plus ou moins grands selon leur savoir. Leur modèle médiéval est Merlin, leur modèle moderne Gandalf opposé à Saroumane (Le Seigneur des Anneaux).

 

 - sorciers et sorcières. Personnages inconnus des romans médiévaux, ils sont très présents dans la fantasy, leurs modèles venant de l'histoire (chasse aux sorcières à partir du XIVe siècle), des contes, de la littérature fantastique de la fin du XIXe siècle mais aussi de l'intérêt de l'ethnologie du XXe siècle pour le chamanisme. Ces personnages participent de la réhabilitation actuelle des sorcières (littérature enfantine, Hallowe’en,...) dans le cadre d'une contre-culture essentiellement féministe. Inspirés des personnages de contes traditionnels (Tad Williams met en scène une bonne sorcière qui habite une maison à pattes de poule comme celle de la Baba Yaga des contes russes), les sorciers et sorcières de la littérature de fantasy, peuvent être amicaux et bienveillants ou être de terribles adversaires au service du mal. Il n’y a pas toujours de délimitation claire avec les mages.

 

 - les prêtres et les religions “officielles”. Les religions hiérarchisées ont une image négative dans la plupart des textes. Cultes cruels dédiés à des dieux païens ( La Belgariade oppose un culte organisé avec sacrifices humains à des relations individuelles amicales et confiantes avec d'autres dieux) ou organisations rappelant l'Eglise, les religions sont souvent des moyens d'oppression et de pouvoir. Les souvenirs de l’Inquisition hantent l’imagination des auteurs de fantasy (Les guerriers du silence de Pierre Bordage).

 

  3. Une société multi-raciale

 

             Dans les Contes de l’Oriel, le héros est un brave homme qui, en l’absence du marchand habituel, part à la ville lointaine vendre ses fromages. Lui qui ne connaissait que par ouï-dire les nains qui les achètent, va rencontrer des peuples étranges et nouera avec eux des liens d’amitié : elfes toujours mystérieux, nains affairés ; il aura aussi à se défendre contre des monstres anonymes qui habitent la nuit.

 

             C’est un thème fréquent dans la fantasy, hérité de Tolkien qui s'inspirait des traditions anglaises. Des races différentes coexistent : humains, elfes, nains, petites personnes (hobbitts), géants, trolls et gobelins. Les hobbitts furent inventés par Tolkien, les autres races sont directement tirées de la mythologie ou des contes traditionnels occidentaux. Hommes, elfes, nains et monstres habitent le même univers et cohabitent dans les romans issus de l'influence de Tolkien. Dans d’autres cas, il y a altérité de deux univers et la rencontre des êtres de l’Autre Monde est plus difficile, réservée à quelques personnes (Le Parlement des fées de Crowley). Mais toujours, il est question de la rencontre de l’autre, de la haine et de la tolérance, de la guerre et de la paix. Bien entendu cette description des mondes de la fantasy ne recouvre qu'une partie de cette littérature, par définition création de l'imaginaire et infiniment variée, diverse, étonnante.

 

   HÉROS ET THÈMES DE LA FANTASY

 

 L’intrigue

 

            Il n'y a pas d'intrigue type de la fantasy mais il est possible de reconnaître des constantes qui la définissent et qui servent de bornes autour desquelles les auteurs bâtissent leur roman soit en fidélité au genre soit en dérision de celui-ci.

 

1. L’épopée

 

             L’image que l’on associe spontanément au genre est faite de dragons, gobelins et grands coups d’épées. C’est à la fois vrai et faux. Le genre s’est d’abord appelé “heroic fantasy”. C’était la réintroduction, par une variante du space opera, de l’épopée médiévale dans le monde de la science fiction. Les oeuvres de Ursula Le Guin, Tanith Lee et Carolyn Cherryh ont marqué un des grands moments de cette histoire littéraire. De Soleil mort, trilogie de C.J. Cherryh, D. Walther parle comme d’une “aventure “politique” où le devenir, pour ne pas dire le destin des personnages, est inscrit avec un tel discernement dans la trame de l’histoire à venir qu’il s’apparente soudain aux tentatives les plus littéraires de relecture de l’épopée” (préf. à Kesrith, t.1 de Soleil mort, 1983).

 

             La même appréciation peut être portée sur d’autres oeuvres plus récentes telles La Belgariade suivie de La Mallorée (12 volumes au total) qui, bien que menée avec un moindre souffle épique, est une grande fresque mettant en scène une dizaine de royaumes, leurs alliances et leurs guerres.

 

  2. La quête

 

             L'action est souvent construite sur le schéma de l’errance ou de la quête. Le prince Corum échappe au massacre de sa famille et de son peuple. Sa vie sera une errance dirigée par la lutte contre le mal et la recherche de la vengeance (série Corum de Moorcock). Garion dans La Belgariade de D. Eddings doit fuir la ferme où il a été élevé et parcourra le monde pour remplir une antique prédiction et accomplir son destin. Bilbo est sollicité par Gandalf pour aller à la recherche d’un anneau et son neveu Frodon aura mission de porter cet anneau dans le Mordor (Bilbo le Hobbitt et Le Seigneur des anneaux).

 

             Le héros de la fantasy représente l'espoir d'un royaume ou de l'humanité. Pour cela il doit partir, chassé de son enfance par une menace mortelle, sommé de trouver l'objet : épée magique, pierre..., ou la série d'objets indispensables pour sauver le monde. La notion de quête est associée dans notre esprit à la recherche du Graal. ce mythe qui traverse notre histoire littéraire et spirituelle semble bien être une création de Chrétien de Troyes qui a composé son Perceval ou le conte du Graal à la fin du XIIe siècle. Le roman entrelace les aventures de Perceval, jeune homme naïf qui doit chercher le graal et celles de Gauvain, modèle de la chevalerie à qui l'on enjoint de rapporter la lance. Perceval s'ignore, doit découvrir seul son nom et sa famille ; il s'égare dans le labyrinthe de la forêt où il oublie Dieu. Gauvain est confronté à son passé, à ses erreurs et franchit les bornes de Galvoie au-delà desquelles il s'enlise au Château des Reines, château merveilleux où il est accueilli par sa mère, sa tante et sa soeur, toutes mortes depuis longtemps. L'oeuvre étant inachevée, elle a suscité une suite de Continuations qui se prolongent dans le Roman de Lancelot ( la Queste del saint Graal fait partie du Roman de Lancelot).

 

             Cette prolifération de suites fait penser aux séries interminables de la littérature actuelle où le même personnage connaît d'innombrables aventures. En outre, les romans de fantasy font souvent référence aux oeuvres d'autres auteurs, soit en empruntant un personnage, soit en reprenant un ou plusieurs noms de lieux ou de personnes (en particulier parenté des noms des elfes d'une oeuvre à l'autre).

 

             A travers la quête d'un objet, c'est à la recherche de lui-même que le personnage est invité. Après être restée plus ou moins latent pendant des siècles, le thème de la quête et de l'enquête est devenu omniprésent au XXe siècle : quête de soi dans la psychanalyse, quête du passé dans l'archéologie, quête des origines dans l'engouement pour la généalogie, enquête sur les secrets de famille dans la littérature, quête de la vérité dans le roman policier. Et c'est bien en cela que la fantasy, héritière du roman médiéval, tournée vers un univers mythique et archaïque, est pleinement une littérature actuelle.

 

  Le héros

 

1. Un héros prédestiné

 

             Prince ou enfant trouvé élevé dans une ferme ou dans les cuisines du château ou auprès d’un vieux mage bienveillant, le héros est, tout comme Lancelot et Galaad, prédestiné. Mais il l’ignore et la prédestination n’empêche pas l’indécision de son avenir.

 

 Il doit accomplir de grandes actions que lui seul est en mesure d’accomplir mais rien ne garantit qu’il réussira. Dans La Belgariade , il y a deux prédictions opposées soutenues par des entités (divines) en lutte. Dans tous les cas, le héros doit lutter contre les forces déchaînées du mal. Il a une mission, à laquelle il peut être tenté de se dérober, et qu’il doit réussir pour sauver le monde du chaos et de la barbarie.

 

  2. La fantasy récit initiatique

 

             Beaucoup de héros sont adolescents. “Le rite de passage est le sujet même de bon nombre de romans d’heroic fantasy” (P. Borione, Adolescence et science-fiction, Lecture Jeune,1996, n°78). Garion apprend progressivement, sous la direction de son grand-père et de sa tante, à développer ses pouvoirs magiques et à contrôler l’usage qu’il en fait. La peur d’être englouti par sa sexualité est le thème de Titus dans les ténèbres de Mervyn Peake, “scénographie symbolique de l’angoisse de l’adolescent face à la puberté” (P. Borione) ; on la retrouve dans Le commencement de nulle part d’Ursula Le Guin. L’initiation du héros adolescent sert un dessein messianique. La pureté de la jeunesse comme rédemption de la sauvagerie de l’adulte. Il sera l’élu” (P. Borione). Dans Le Seigneur des anneaux c’est parce que Frodon n’est pas un guerrier, parce qu’il n’est pas à la recherche du pouvoir qu’il réussira sa quête. Selon la grande tradition des romans du Graal, la quête est réservée à un coeur pur. Frodon ressent l’attraction des forces du mal mais son honnêteté et son courage lui permettent d’en triompher.

 

  3. De Conan le Barbare à Barnstable l'anti-héros.

 

             La psychologie des personnages est plus ou moins riche, plus ou moins fouillée. Certains sont tout d'une pièce, d'autres connaissent le doute, l'angoisse, plus rarement la peur. Sa mission lui impose la lutte armée contre les forces du mal, mais, si Conan le Barbare est “très viril et très musclé”, s’il “pourfend sans état d’âme ses ennemis”, Elric des Dragons “ne tue que contraint et forcé par “Stormbringer” son épée buveuse d’âmes dont il est esclave” (P. Borione).

 

             A l'opposé de ces personnages de guerriers la fantasy nous propose aussi, dans la lignée des hobbitts de Tolkien, des héros doux et paisibles, attachés aux douceurs d'une vie confortable et casanière. Barnstable, le fabricand de fromage naïf et bon, lancé sur une coque de noix dans les flots dangereux de la rivière (Contes de l'Oriel de J.P. Blaylock) est le type même de cet anti-héros qui attire la sympathie et n'est jamais ni ridicule ni grotesque.

 

             Enfin certains récits, surtout ceux que l'on peut qualifier d'”histoire revisitée”, mettent en scène des personnages nombreux et complexes, à la psychologie fouillée, confrontés à un monde qui ne se résume pas à la lutte du bien et du mal.

 

   4. Les héroïnes

 

             Princesses, guerrières ou magiciennes, les héroïnes sont assez nombreuses dans la fantasy. Marion Zimmer Bradley construit ses récits autour d'une ou plusieurs femmes, que ce soit La romance de Ténébreuse ou Les Dames du Lac. C.J. Cherryh utilise personnages masculins et féminins et la figure de Morgane est inoubliable (Les Portes d'Ivrel, Le Puits de Shuian, Les feux d'Azeroth).

 

            Dans La tapisserie de Fionavar, sur les cinq étudiants qui partent pour Fionavar, la seule femme, Kay, est plus que tout autre élément moteur du récit, accablée de sa responsabilité et tributaire d'un étrange anneau qui en fait l'équivalent d'une déesse de la guerre. Lorsque les femmes sont personnages secondaires, elles ne restent pas passives et ternes : la petite reine de La Belgariade est une forte personnalité tout comme la tante de Garion dans le même récit ; toutes deux sont indispensables à l'action. Dans Les chroniques d'Arcturus, la princesse Lirn aimée du héros, belle et amoureuse, mère d'Arcturus, est sans cesse présente et le récit s'articule autour de son destin.

 

             Les héroïnes se prêtent aussi au rire ainsi qu'en témoigne Mécomptes de fées de H. Pratchett où trois sorcières voyageant sur leurs balais sont confrontées à des aventures loufoques. Ces personnages de femmes, plus rarement d'adolescentes, volontaires et fortes, parfois perfides ou assoiffées de pouvoir, au total très différentes des femmes-objets de la littérature sentimentale, sont-ils une des faces qu'a prises la littérature féminine et féministe au cours des trente dernières années ? On peut l'affirmer sans doute à propos de l'émergence de la femme guerrière, dompteuse ou amie de dragons. On peut le dire des Dames du Lac. On peut penser enfin que la nouvelle place de la femme dans la société trouve dans cette littérature un écho particulier, offrant des modèles féminins différents des rôles traditionnels.

 

 

 

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Published by Enuald Clamssy - dans La littérature Fantasy
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